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"Ce que j'appelle oubli" au Studio-Théâtre de la Comédie Française
Le spectacle commence dans le noir. Comme un cauchemar. Il ne peut s’agir que d’un cauchemar. Il le faut. Pourtant non. Dans ce noir, on devine la silhouette longiligne d’un homme, immobile dans son attitude. Il parle, un livre posé au sol devant lui. Il s’adresse à un autre homme. Quand la lumière s’éveillera, nous verrons son visage halluciné, bouleversé, bouleversant. Son corps ne bouge pas et ne bougera pas le temps de tout nous livrer et de se délivrer.
Il raconte à cet homme mais ce qu’il lui dit nous transperce aussitôt, une agression inutile, une bastonnade gratuite, un vulgaire cassage de gueule en règle. Rien ne nous est épargné. Aucun détail, aucun ressentiment, comme si la victime commentait son propre attentat.
Ah, j’oubliais ! Le type avait volé et bu une canette de bière dans un supermarché.
Choqué par ce fait divers, l’auteur Laurent Mauvignier a écrit son roman comme une urgence. C’est ce roman, publié en 2011, qui nous est donné à vivre par Denis Podalydès. Précis et direct, le texte interpelle le spectateur, le saisit, le meurtrie presque. Il interroge la ou les raisons de cet acte insolent pour la vie et ignoble pour l’homme. Acte qui au-delà de la cause apparait irrémédiablement sans raison.
Ah, j’oubliais ! Le type qui avait volé et bu une canette de bière dans un supermarché, ils s’y sont mis à quatre vigiles pour le tabasser.
Denis Podalydès nous cueille dès le début de ce cauchemar qui n’en est pas un, dès le premier mot prononcé, dès que le vent de ce poignant récit commence à souffler. Entre lui et nous, il aura sa voix, il y aura des mots, des respirations, des intonations et des silences. Pas de geste, pas de mouvement. Il restera digne et figé dans cette sorte de récitatif vibrant, excité et révolté qui ne nous laissera aucun instant de répit.
Ah, j’oubliais ! Le type qui avait volé et bu une canette de bière dans un supermarché, il est mort sous les coups des quatre vigiles.
Ce spectacle est inouï et unique. Il charrie une émotion submergeante. Il est terriblement et tragiquement beau. Quelle claque !

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