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LA MER à la Comédie Française
Délicieuse et étonnante découverte de l’auteur Edward Bond avec cette pièce où nous restons intrigués par le fond et par la forme, subjugués par le grandiose spectaculaire de cette comédie qui n’en est pas une, ni de cette tragédie qui ne le sera pas. Texte original où l’inattendu cocasse, limite narquois, voisine avec des situations tendues à l’humour caustique et grinçant, sans pitié presque pour les personnages. Ce texte nous entraîne dans un burlesque élégant et drôle parsemé de temps suspendus aux frontières du réel et du rêve.
Nous sommes au début du 20ème siècle dans une petite ville anglaise bien sage, bien comme il faut, située en bord de mer. Là où la bourgeoisie règne et bourgeoise de ses élans bienfaiteurs au service de l’ordre établi. Là où la tradition castratrice de tout renouveau prédomine et promet au progrès renoncement ou transgression. De frustrations en névroses, de haines en privations, il reste aux habitants la domination sadique, l’ermitage choisi, la folie ou bien alors la soumission, la pauvreté et la rancœur. Le sort ou les lignées familiales ont choisi pour eux, il leur faut bien trouver l’équilibre suffisant à la survie.
Tout commence par une sordide noyade, une nuit de tempête. Le passager rescapé a beau hurler à l’aide, rien y fait, le noyé le sera et ce n’est pas les deux hommes sur la plage qui feront quoi que ce soit pour l’aider. Le garde-côte est trop saoul d’alcool et de folie pour cela. L’ermite, lui aussi, est trop saoul d’alcool et de renoncement à la vie. Ils sont pleutres, malades et soumis à leurs conditions.
Ce ne sera pas le début d’une histoire car il ne semble pas y avoir d’histoire dans cette pièce mais plutôt des tableaux. Tableaux à l’esthétique très soignée, précise et recherchée où nous passons de scènes d’intérieur et d’extérieur comme autant de scènes de la vie quotidienne de cette petite ville côtière. La dramaturgie repose sur les actes et les pensées des personnages aux caractères trempés et significatifs. Une dame patronnesse ravagée par sa vaine puissance. Sa dame de compagnie, bipolaire, tripolaire, ou plus ! L’ermite poète et philosophe rongé par le déni de lui-même. Le pasteur liant les relations, gluant de bienpensance. Le commerçant qui trouve dans la folie un refuge pour sa reconnaissance. Le rescapé du naufrage, meurtri par la noyade de son compagnon. Enfin, la jeune nièce, promise du noyé, qui partira avec le rescapé pour éviter sans doute une nouvelle noyade d’une autre sorte.
La troupe du Français nous offre encore une magnifique représentation. Tous les rôles sont interprétés avec aisance, avec précision et truculence aussi. C’est un délice de théâtre que ce spectacle original, surprenant et agréable.

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