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"Les Damnés" au Théâtre de l'Opprimé
Il ne fallait pas moins une pièce de théâtre poétique toute entière pour raconter l’amour extraordinaire qui lia Paul Verlaine et Arthur Rimbaud. Cet amour déchiré et déchirant, marqué par une échappée belle à Londres et dont la fin ne pouvait être signée que par la rupture violente au repentir inassouvi que l’on sait.
William Cliff, écrivain, poète et dramaturge belge, écrit cette pièce en 2014 dans sa version scénique intégrale, utilisant les vers qui font son style, de 14 ou 10 syllabes. Merveille de musicalité des mots qui courent et plongent, servant une puissance unique de précision des sentiments et des situations. Avec crudité et lyrisme, avec humour et brutalité, les répliques qui scandent autant qu’elles parlent servent le récit de cet amour impossible et pourtant tellement vrai, si légendé, crié et illustré.
La dramaturgie de la pièce apparait riche de rebondissements et de relâchements permettant une théâtralité vive et une poésie permanente, enveloppant l’ensemble d’un rythme dont le metteur en scène Olivier Borle semble avoir parfaitement saisi le sens dans son travail, y compris dans celui de la direction de jeux.
L’histoire se déroule dans sa chronologie. Un violoncelliste (Marc Lauras) accompagne les moments de tension ou de respiration par des percussions de pizzicati ou des bourdons sonnés à l’archet et parfois des mélodies instrumentales ou chantées. Nous sommes dans une sorte de chanson de geste moderne, de poème épique à la gloire des deux poètes.
Les trois comédiens qui jouent Verlaine (Clément Carabédian), Rimbaud (Sven Narbonne) et une Femme (Louise Belmas) qui sera à la fois narratrice, personnage et voix de la conscience, excellent par leur diction simple et précise comme par l’intensité de leurs jeux. Ils nous emportent avec eux, sans artifices, dans ce tourbillon de sentiments, d’émotions, de souffrances et de plaisirs.
Un rare moment de théâtre poétique pour un très beau spectacle.

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