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LA DERNIÈRE BANDE au Théâtre de l'Oeuvre
« La dernière bande » ? Hallucinante performance de Jacques Weber. Halluciné, fou, ailleurs. Hallucinante et étonnante mise en scène de Peter Stein… Cette « dernière bande » est un spectacle mémorable, captivant du début à la fin.
C’est la journée anniversaire de Krapp, le jour où il enregistre sur bande les moments marquants de l’année. Krapp doit avoir dans les 70 ans, peut-être plus. Lorsque nous arrivons, il est déjà là. Avachi sur son fauteuil, la tête entre ses bras posés sur un bureau encombré de boites métalliques, d’un magnétophone à bande et d’un haut-parleur. Il est ainsi, figé dans l’image arrêtée d’un vieux dormeur immobile. Lorsque les lumières s’éteindront, Krapp commencera à bouger, lentement, presque imperceptiblement. Comme un automate à ressorts qu’il faudra bientôt remonter. Peu à peu, on devine, on suppute, on illusionne. Non, ce n’est pas possible ! Et pourtant si. Krapp se présente à nous les cheveux hirsutes, le nez rougi et des chaussures trop grandes à ses pieds. L’automate devient clown. Un clown triste et malicieux qui n’hésitera pas à jeter dans le public la peau des bananes qu’il savoure.
Alors commence un cérémonial que l’on peut supposer habituel. Il écoute une bande avant d’enregistrer la nouvelle. Pas n’importe laquelle ! La bobine 5 de la boite numéro 3. Celle où il raconte la rencontre avec la femme qui semble être la femme de sa vie. Il va commenter, réagir, contester, soupirer et revivre les mots dits dans sa 39ème année. Le tout entrecoupé de pauses où il ira boire. Krapp souffre d’avoir été comme de ne pas être devenu. Il semble vouloir déchirer son histoire pour redire sa vie mais reste là, pétri et meurtri par la douleur d’amour et halluciné par les mots qu’il entend jusqu’à se coucher sur le bureau et enlacer le haut-parleur pour mieux les entendre.
Cette pièce de Samuel Beckett, qualifiée de monodrame, a été jouée pour la première fois en France en 1960, reprise ensuite de nombreuses fois (notamment par le magnifique Serge Merlin). Le style volontairement dépouillé de la narration permet à Krapp, l’unique personnage, de construire une forme de dialogues avec lui-même et avec son histoire par le truchement de ce tiers-aidant que représentent le magnétophone et ses enregistrements. Une dérision permanente nourrie de rancœur ironique baigne la pièce.
Jacques Weber nous subjugue, vibrant et incarné. Il nous montre un Krapp pris dans le tourbillon de la démence ou de la sénilité, on ne sait pas. Il est ce vieux fou malheureux trouvant refuge dans l’alcoolisme et la manie pour supporter la souffrance et le renoncement. Une impressionnante performance de comédien, d’une intensité pure. Un grand moment de théâtre.
Du mardi au vendredi à 21h00, le samedi à 18h00 et le dimanche à 15h00 – 55 rue de Clichy, Paris 9ème - 01.44.54.88.88 – www.theatredeloeuvre.fr

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