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Cette « comédie en musique », entre opéra et cabaret musical, de Bertolt Brecht et Kurt Weill est créée en 1928. Elle traverse les générations comme un pur classique tant elle représente un genre particulier du théâtre musical avec une richesse stylistique impressionnante.

Nous y retrouvons les fondements de l’ambition de Brecht de faire du théâtre un lieu de conscience, faisant appel à l’esprit critique du spectateur. Les procédés dont il est devenu maitre comme la distanciation et la mise en abime y sont présents. Un vrai bonheur.

Le compositeur Kurt Weill y déploie toutes les facettes de son inspiration musicale, de l’opéra classique et néo-baroque au jazz premier en passant par les musiques de danses (dont le Charleston), sans oublier le « songstil » qu’il a initié. Sa musique s’inscrit dans les premiers pas des comédies musicales nord-américaines à venir. Un pur plaisir.

Nous ne pouvons que comprendre que l’Opéra de quat’sous demeure une des pièces de théâtre musical les plus jouées. Sa richesse intrinsèque et sa multitude de possibilités de mises en scène font légende et de nombreux artistes s’y intéressent régulièrement.

Le metteur en scène Bob Wilson a monté ce spectacle pour la première fois en 2007. La particularité de son travail, liée sans doute à sa formation de plasticien, est qu'il semble privilégier l’image jusqu’à la surexposer, la saturer ou la combiner, la faisant prévaloir aux autres aspects de jeux. Il  nous attire vers l’histoire par ce que l'on voie avant ce que l'on entend ou pense. Nous plongeons d'abord ainsi dans les ambiances et les émotions d'ensemble des situations.

Nous retrouvons dans ce spectacle une forme appuyée d’expressionnisme propre à l’époque de la création, à l'identique des cabarets berlinois. Expressionnisme qui consacre la splendeur des lumières comme les envolées lyriques des textes versant le spectacle dans l'onirisme de l'imaginaire.

L’argument reprend des thèmes chers à Bertolt Brecht comme le pouvoir de l’argent, la puissance des contre-pouvoirs et de la rébellion. La distribution du Berliner Ensemble ne faillit pas à sa réputation. Elle éblouit à nouveau par sa précision et son intensité de jeux et de chants dont nous apprécions notamment la maîtrise dans les fameux Spechgesand (déclamé -chanté).

Tout est finement ciselé, tout est beau. Nous vivons l’histoire, nous laissant prendre par les effets visuels spectaculaires, les situations et les musiques délicieusement développées.

Du grand spectacle bien sûr. Du beau spectacle surtout.

 

Production Berliner ensemble présentée par le Théâtre de la Ville.

De Bertolt Brecht et Kurt Weil. Production du Berliner Ensemble.

Mise en scène, chorégraphie, concepts lumières : Robert Wilson ; Direction musicale : Hans-Jörn Brandenburg, Stefan Rager ; Collaboration à la mise en scène : Ann-Christin Rommen ; Costumes : Jacques Reynaud ; Dramaturgie : Jutta Ferbers, Anika Bardos ; Lumières : Andreas Fuchs, Ulrich Eh.

Avec : Jürgen Holtz, Traute Hoess, Johanna Griebel, Christopher Nell, Axel Werner, Friederike Nölting, Angela Winkler, Georgios Tsivanoglou, Luca Shaub ou Ulrich Brandhoff, Martin Schneider, Boris Jacoby, Winfried Peter Goos, Raphael Dwinger ou Dejan Bucin, Jörg Thieme, Uli Plebmann, Michael Kinkel, Anke Engelsmann, Ursula Höpfner-Tabori, Claudia Burckhardt, Marina Senckel, Gabriele Völsch, Gerd Kunath, Walter Schmidinger.

Et l'Orchestre de L'Opéra de Quat'Sous.

Photo L.Leslie-Spinks

Photo L.Leslie-Spinks

Photo MuTphoto / B.Braun

Photo MuTphoto / B.Braun

Photo L.Leslie-Spinks

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