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Octave Mirbeau écrit ce texte sous la forme de feuilleton en 1891 et 1892 puis en fait le roman que nous connaissons, qu’il publie en 1900. La verve rageuse de cet intellectuel libertaire se retrouve dans ce texte dont le style novateur du journal permet de dénoncer avec des descriptions et des narrations percutantes, l’esclavage moderne de la condition domestique des gens de maison.

Le texte de Mirbeau aux allures de nausée sociale est l’exutoire de sa révolte. Son style alerte et caustique rend plus accessible la leçon au point que de nombreuses adaptations cinématographiques et théâtrales se sont succédé dans le monde entier. Comme pour faire écho à l’universalité du combat éthique pour la liberté, contre l’exploitation de la misère humaine.

« On prétend qu’il n’y a plus d’esclavage… Ah ! Voilà une bonne blague, par exemple… » dit Célestine.

Célestine, devenue femme de chambre pour échapper à une enfance maltraitée et une jeunesse soumisse, se retrouve dans un monde où la vie ne se conjugue pas avec le bonheur, où il lui faut encore se soumettre, courber l’échine, donner son corps sans son cœur et son cœur sans retour.

« Si infâmes que soient les canailles, ils ne le sont jamais autant que les honnêtes gens. » dit Célestine.

À partir de l’adaptation de Virginie Mopin, ciselée et faisant ressortir l’essentiel des 519 pages du roman, William Malatrat signe une mise en scène épurée, précise et centrée sur l’expressivité de la narration. Tout se voit dans ce qui est dit, tout se ressent dans ce qui est joué. La scénographie dessine, dans un espace dépouillé de décors et de meubles, d’adroits contours pour les situations, servis avant tout par le jeu. Les accessoires sont réduits au minimum et tournent autour de la présence symbolique d’une malle. Objet signifiant et transitionnel. Tour à tour lit, bassine, corps et réceptacle, cette malle omniprésente représente aussi la fuite de Célestine d’un présent vénéneux et sa course vers un avenir meilleur.

Karine Ventalon, seule en scène nous cueille, nous emporte et nous laisse là, groggy de ce que nous avons vu et ressenti, émus du destin de cette femme qui a bu le calice jusqu’à la lie.

Certes, Célestine trouvera peut-être l’apaisement de son combat pour la liberté dans une fin de vie qui, malgré sa lucidité et son dégout, la conduira à inverser les rôles, comme un recommencement irrémédiable de la tragédie humaine dépeinte par Mirbeau.

Ce sont toutes ces émotions que nous offre cette comédienne d’exception. Par son corps, ses regards, ses postures, sa voix. Ses jeux crédibles des multiples personnages qui interviennent. Subtile, sensible, forte et sensuelle, Karine Ventalon remplit son interprétation avec une belle et impressionnante maestria.

Un remarquable spectacle pour un remarquable texte. Incontournable moment de théâtre.

 

D’Octave Mirbeau. Adaptation de Virginie Mopin. Mise en scène de William Malatrat. Avec Karine Ventalon.

Les vendredis et les samedis à 19h30  - 6 rue de La Folie Méricourt, Paris 11ème – 01.43.55.14.80 – www.folietheatre.com

- Photo © Jean-Romain Pac -

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