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La compagnie Les Pies Menteurs nous offre une réalisation impressionnante  et tout en finesse de cette célèbre pièce TRAHISONS. D’une oppressante progression et teintée d’une élégance caustique, cette pièce d’Harold Pinter, écrite en 1978, détourne les ressorts traditionnels du triangle amoureux et nous dépeint l’histoire du mari, de l’épouse et de l’amant qui savent et qui s’aiment.

Jerry, homme marié, a été l’amant d’Emma, l’épouse de Robert, son meilleur ami. De révélations en retours en arrière, de déclarations d’amour en déclarations d’amitié, Pinter nous brosse dans un ordre anti chronologique, les séquences majeures des trahisons dévoilées. Toute en tensions ténues, l’ambiance n’est jamais à la confidence directe mais plutôt aux aveux lâchés au détour d’un échange ou au cours d’un voyage, quasi anodinement, presque par hasard.

Blessés peut-être, meurtris sans doute, touchés certainement, les trois personnages cachent leurs rancœurs ou leurs regrets derrière un apparent détachement mais n’arrivent pas à cacher la passion qui les anime. Trahisons et pardons se confrontent, l’amour empêche leur combat.

Les répliques à l’humour noir et glaçant entremêlées de silences, les mots familiers, les formules châtiées, les traits cruels ou crus, le langage tout entier si particulier de Pinter, riche en ruptures, sert ici autant l’intensité de l’histoire que la précision scrupuleuse des détails.

La mise en scène de Merryl Beaudonnet et Sarah Denys apporte au texte une fluidité presque légère, un déroulement aux limites oniriques, enchainant les scènes avec une impression de fondu-enchainé. Les répliques en sont magnifiées, prenant la place centrale qui est la leur chez Pinter. Nous nous laissons portés par l’histoire ainsi contée comme dans un rêve où les moments ne suivent pas toujours, comme une mémoire oubliée qui ressurgit et rebondit sur ses nombreux souvenirs.

Les interprétations d’Emmanuel Gruat, de Sarah Denys et Charlie Fargialla (ce soir-là) sont remarquables. Ils jouent la passion avec ardeur, la blessure avec justesse, le renoncement avec pudeur.

Une des pièces les plus connues d’Harold Pinter est ici bien jouée. Savamment montée dans tout le respect du texte, elle retient l’attention du public qui en sort ravi. Un Pinter réussi. À voir sans aucune hésitation.

D’Harold Pinter. Adaptation française d’Éric Kahane. Mise en scène de Merryl Beaudonnet et Sarah Denys. Avec (en alternance) Merryl Beaudonnet, Sarah Denys, Charlie Fargialla, Jean-Charles Garcia et Emmanuel Gruat.

Jusqu’au 29 décembre à 19h00 – 7 rue véron, Paris 18ème – 01.42.33.42.03 – www.manufacturedesabbesses.com

Pour suivre ce spectacle ensuite : www.cielespiesmenteurs.fr

- Photo © Samuel Halfon -

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