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Une simple amitié d’enfance, une amitié de mômes de 9 ans, entre Melissa et Andy, se transforme progressivement et chemine toutes leurs vies. En eux, entre eux. Ils s’écrivent régulièrement pour des riens, pour des approches plus précises, pour être connectés en quasi permanence par des lettres, des cartes ou des dessins, comme on ne pouvait que le faire dans les années 1950.

La simple amitié devient amour-amitié aux premiers émois de l’adolescence et revêt, jusqu’à la fin, les habits somptueux d'un amour incroyablement profond et indéfectible. Se rapprochant parfois, restant éloignés souvent par leurs parcours, ils vont vivre tous les deux des vies parallèles mais si proches. L’une artiste, l’autre homme politique.

Un amour de rêve, un amour de désirs, un amour fusionnel, un amour plus fort que celui qui unit deux amants, tendant vers la sublimation et la spiritualité.

Écrit très adroitement par Albert Ramsdell Gurney et publié en 1988, ce texte est une partition souvent jouée tant il permet aux comédiens de montrer du bel ouvrage en centrant les émotions du jeu dans les brefs instants d’une correspondance épistolaire.

La mise en scène de Stéphanie Fagadau met en relief les moments d’insouciance puis d’instabilité éperdue de Melissa, laissant transparaître sa passion pour la vie et son désarroi de la vivre. De la même façon, elle nous montre l’ardeur amoureuse d’Andy dont il ne se désempare pas comme sa morale bourgeoise castratrice de tout désir hors-norme.

Les comédiens ont la part belle dans cette pièce mais le risque est grand de sombrer dans le pathos au miel collant, frisant les logorrhées de jérémiades façon soap opéra. Sans de bons comédiens, ça tombe à plat dans le ruisseau et file tout droit dans l’égout du dégout. Rien de tout cela ici, nous sommes servis ! Et comment !

Mylène Demongeot semble badiner avec Andy comme une enfant et une ado le feraient. Elle éprouve ensuite les joies et les souffrances de la femme, de la mère, gardant son éternelle jeunesse pour sa relation avec Andy. Jean Piat module son jeu avec une précision de loup. Des pointes piquantes de drôleries de l’enfant amoureux qui ne le sait pas encore aux colères de l’ado jaloux et meurtri jusqu’au renoncement de toute folie de l’homme rangé mais épris irrémédiablement par son premier amour. Ils incarnent tous les deux Melissa et Andy, avec une pudeur farouche, une intensité retenue et une sincérité émouvante.

Un beau spectacle à ne pas manquer, pour le texte, la mise en scène et les comédiens.

D’Albert Ramsdell Gurney. Traduction et adaptation d’Alexia Perimony. Mise en scène de Stéphanie Fagadau. Assistance à la mise en scène de Juliette Moltes. Décor d’Antoine Malaquias. Lumières de Zizou. Avec Mylène Demongeot et Jean Piat.

 

Du jeudi au samedi à 19h00 et le dimanche à 16h00 – 15 avenue Montaigne, Paris 8ème – 01.53.23.99.19 – www.comediedeschampselysees.com

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