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Enfermés confortablement dans un coma aux allures d’hôtel élégant et luxueux, cinq clients particuliers vont attendre leurs destins sans se désemparer du désir de comprendre, de dire, de se délivrer, toutes âmes dehors, pour échapper aux affres de la peur de mourir et apaiser la crainte de l’inconnu de l’au-delà.

Deux angéliques pierrots silencieux et bienveillants sont présents à leurs côtés, aux moments où l’ascenseur ouvre ses portes pour accueillir un client ou le voir disparaitre. Le docteur S, femme belle comme la vie et fatale comme la mort est là aussi pour jouer l’entremetteuse du passage, l’accompagnatrice du combat à la fin incertaine.

Cette pièce d’Éric-Emmanuel Schmitt est créée en 1999. Elle vient interroger, aux détours des scènes, les questions sur le sens de la vie et la conscience de la mort, sur le besoin de vivre et la nécessité de mourir.

Les personnages s’amusent autant qu’ils nous amusent, prenant suffisamment au sérieux ce qu’ils se disent pour en rire et nous entraîner avec une joie complice dans les méandres d’une réflexion finalement rieuse.

Nous retrouvons là tout l’art de la théâtralité des textes de cet auteur qui nous confie adroitement à des situations remplies d’humour, jouées avec la légèreté des sourires sans jamais perdre le fil de l’interrogation qu’il nous fait nôtre.

C’est toujours dans les huis clos qu’on réfléchit le mieux. Sartre ne s’est-il pas épancher tout son saoul, dans « Huis Clos » justement, sur l’altérité comme sens premier de la raison existentielle ? Ici, Éric-Emmanuel Schmitt pose le principe du don, du cadeau donné qu’est la vie, laissant à chacun de nous d’en définir l’auteur. Ce don, comme tout don, génère une dette, réelle ou symbolique. Que devons-nous ? À qui ? Pourquoi ? Sommes-nous libres d’en décider ?

La vie n’est-elle pas un état qui ne prend sens que dans la conscience de sa fin ? Donner de la vie à son tour rembourse-t-il les intérêts et le capital ? La femme de ménage, le président, le mage, le journaliste ou la jeune femme : Clients patents et impatients d’en finir avec cette attente, jusqu’où se découvrent-ils ? La mort ? L’amour ? Le don de soi ?

La mise en scène d’Anne Bourgeois fait le choix d’apporter au récit lumière et humour. Tout est fait pour que nous comprenions ce qui se trame, pour nous laisser le temps de réfléchir et douter, pour sourire et rire d’aisance et de soulagement. Nous qui faisons corps avec chacun d’entre eux, pour ce qu’ils sont et ce qu’ils nous montrent de nous-même.

La distribution est simplement brillante. Nous sommes cueillis dès le début, bousculés, émus, attendris et reconduis à notre place. Là où il faudra finir le récit.

Un très beau et bon spectacle faisant appel autant à notre intelligence qu’à notre sensibilité. Incontournable.

 

D’Éric-Emmanuel Schmitt. Mise en scène d’Anne Bourgeois, assistée de Betty Lemoine. Décor de  Stéfanie Jarre, assistée de Daphné Roulot. Lumières de Jacques Rouveyrollis, assisté de Jessica Duclos. Costumes de Nathalie Chevalier. Musique de Jacques Cassard. Accessoiriste Nils Zachariasen. Avec Odile Cohen, Noémie Elbaz, Jean-Paul Farré, Michèle Garcia, Roxane Le Texier, Jean-Jacques Moreau, Davy Sardou et Günther Vanseveren.

Du mardi au samedi à 21h00 et le dimanche à 15h00 - 6 rue de la Gaîté, Paris 14ème - 01 43 35 32 31 - www.theatre-rive-gauche.com

- Photo © Fabienne Rappeneau -

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