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Mais… Que se passe-t-il sur ce plateau ? Que nous arrive-t-il ? Nous venions voir tranquillement une pièce qui parle d’amour et que voyons-nous là ? Toute une vie de couple qui explose et se transforme en une immense scène de ménage où tout y passe, le temps d’une pièce de théâtre.

Du dernier dîner dont ils sortent jusqu’au jour de leur première rencontre. Toute une vie passée au crible du nettoyage à sec et à cœur, triturée, hachurée, coupée menu pour ne rien oublier.

Ah là, il faut le reconnaitre, on est dans le grandiose, dans l’oubli des normes de la bienséance, on fait fi du voisinage !... La bataille d’Azincourt ou celle de Waterloo, même la Guerre Civile Espagnole, à côté, c’est de l’engueulade de bac à sable, un jour de pluie, quand les enfants règlent leurs comptes après une « bataille au priso » qui a mal tournée.

Il y a du sadisme dans l’air, comme un jeu pulsionnel entre la vie et la mort dans cette haine amoureuse de l’autre, de son rejet, du besoin de le savoir proche malgré tout. Une vie de non-dits qui s’accumulent, de mièvres rancœurs qui s’ajoutent, où l’appartenance à la bourgeoisie voile les contours d’une véritable prise de conscience.

Et puis il y a l’argent. Quand l’argent ne compte plus que pour se compter parmi les dominants, ceux qui comptent plus que d’autres aux yeux et aux nez des petites gens. Ne faut-il pas faire semblant alors ? Ne pas casser le couple pour ne pas casser l’image ?

Ils n’en sont sans doute pas à leur première bataille, nos amoureux ennemis, il semble bien qu’ils y prennent même un certain plaisir. Comme si cette histoire d’amour qui se déverse dans la détestation regorge de désirs frustrés, de médiations empêchées ou impossibles, de chemins parallèles vers un bonheur d’affichage. Une histoire d’amour tortueuse où le couple parait plus qu’il n’existe mais où chacun a besoin de l’autre finalement. En se parlant ainsi, peut-être se parlent-ils d’amour ?

Écrit en 2008 par Philippe Claudel, ce texte est une gageure théâtrale. Il ose le pari de rire et de faire rire d’une fantastique et impressionnante scène de ménage tout le long de la pièce. Sans temps mort ni excès d’écriture. Du Molière actualisé, du Courteline revisité, du Labiche remonté, du Feydeau débridé, les 26000 couverts de sortie, les Chiens de Navarre lâchés !...

La mise en scène de Morgan Pérez donne le temps aux répliques de faire leurs outrages tout en gardant le rythme soutenu nécessaire à cet affrontement explosif et hilarant aux allures de joute verbale cinglante et caustique.

Caroline Silhol et Philippe Magnan sont excellents. Ils dégainent, ils encaissent et ils rebondissent sur les situations avec une adresse fulgurante offrant tous les deux des jeux truculents, un rien touchants, toujours justes et efficaces.

Un fichu bon spectacle drôle et détonnant. À voir sans hésiter.

 

De Philippe Claudel. Mise en scène de Morgan Pérez, assisté de Leila Moguez. Lumière d’Emmanuel Jurquet. Son de Camille Urvoy. Scénographie de Marie Hervé. Avec Philippe Magnan et Caroline Silhol.

Du mardi au samedi à 21h00 et le samedi à 16h00 – 7 rue Louis le Grand, Paris 2ème – 01.42.61.44.16 – www.theatrelapepiniere.com

- Photo © Christophe Vootz -

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