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Drôle et touchante, curieuse comme un récit picaresque et poétique, JEAN LA CHANCE est une agréable découverte d'une pièce de jeunesse de Bertolt Brecht, porteuse des valeurs humanistes de l’auteur.

Écrite en 1919, à 21 ans, cette pièce inachevée est reconstituée à partir de plusieurs manuscrits et de poèmes. Elle est créée pour la première fois et en France en 2006.

C’est une farce dramatique aux allures de conte initiatique, inspirée d’un conte populaire. Elle se révèle crue et cruelle comme les autres textes de cet auteur lucide, direct et intransigeant dans ses dénonciations d’une société cupide et vérolée, faisant fi de toute humanité, préférant le vénal à la bonté.

Fermier de son état, Jean est un doux rêveur, naïf et benêt, curieux de la vie, des rencontres et des gens. Son épouse l'abandonne, lui préférant un riche cavalier de passage. Après avoir quitté la ferme, échangée contre une charrette, il succombe aux sollicitations multiples et variées qui vont se succéder.

Dans son errance sur les chemins qui le conduisent toujours ailleurs, il se confronte sans jamais s’opposer à la malveillance et la cupidité, le mensonge et la tromperie, que peu à peu ses rencontres lui font découvrir.

Tout semble lui suffire et le rendre heureux. Il échange sans donner de valeur marchande à ses biens. Il se dépossède au risque de ne plus rien avoir. Mais quel est le sens d’avoir pour Jean ? Lui qui semble ne pas vouloir lutter contre l’injustice même s’il s’agit de se défendre, ni combattre les pilleurs même s’il serait en droit de le faire.

Il marche inéluctablement vers un abyme où seule la solitude l’accompagne. Dépouillé progressivement de tout ce qu’il a et de ce qu’il est, il finira « comme un sac vide, une masse noire dans l’herbe ».

La pièce est jouée à la manière des bateleurs des tréteaux de foire. Le parti-pris de la mise en scène épurée de Constant Vandercam renforce la dimension épique du récit et exalte les idéaux véhiculés par le texte, conduisant le spectateur à réfléchir à ce qu’il a vu.

Avoir pour le pouvoir de dominer, est-ce le sens de la possession ? Avoir pour vivre ou pour être ? Jusqu’à quel don de ses biens et de soi se soumettre ? Le lien social se marchande-t-il ?

Les quatre comédiens, Benjamin Assayag, Lou Guyot, Théo Navarro-Mussy et François Raüch de Roberty, se partagent les quatorze personnages avec un enthousiasme touchant de sincérité et d’ardeur à conter. Ils jouent tous les quatre avec une vive intensité et une belle harmonie.

Un beau temps de théâtre brechtien, réflexif, rusé, rageur et plaisant.

 

De Bertolt Brecht. Traduction de Bernard Banoun et Marielle Silhouette. Mise en scène de Constant Vandercam assisté de Tiphaine Canal. Lumières de Filipe Gomes Almeida. Avec Benjamin Assayag, Lou Guyot, Théo Navarro-Mussy et François Raüch de Roberty.

Les mardi 27 et mercredi 28 juin à 21h00 au Studio Hébertot (puis d’autres dates à venir) – 78 bis Boulevard des Batignolles, Paris 17ème – 01.42.93.13.04 – www.studiohebertot.com

- Photo @ Gabrielle Malewski  -

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