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Ce chagrin causé par la mort d’Anna, en rire ou en pleurer ? Bien sûr, la question ne se pose pas ainsi mais le propos de cette pièce s’y frotte et nous pique tant elle est profondément humaine, au réalisme criant de vérité qui nous touche au cœur et encore.

Comment ça « je ne veux pas le savoir ! tout va bien se passer ! la vie continue ! nous faisons comme si… » ?  Anna est morte et vous continuez dans ce paraitre caricatural et vain vous faisant trébucher à chaque réminiscence, qui d’un lapsus, qui d’un acte manqué, qui de pleurs inexpliqués. Ah la belle famille que voilà ! Non mais ce n’est pas si simple…

Le spectacle nous fait balancer sans nous bercer. C’est cash et prenant, tendre et acerbe. L’auteure Isabelle Jeanbrau n’y va pas par quatre chemins pour dessiner cette histoire familiale qui bascule dans le refuge de l’évitement d’une évidence impossible à supporter. Entre l’aveu de la douleur de l’impossible deuil pourtant nécessaire et les conduites stratégiques empruntées par chacun pour se carapater dans le refus de la réalité, nous passons du rire grinçant et salvateur aux tensions émues et prégnantes.

Dans le contexte dramatique d’une névrose familiale cristallisée ou révélée par la mort d’Anna, mère de deux enfants sages surprotégés, épouse d’un mari qui passe de psychomaniaque à psychorigide, d’une mère épouvantée par le manque mais l’enfouissant dans l’oubli et d’un frère qui a bugué sur play et ne supporte plus sa mère… Nous assistons à vingt ans de leurs vies au bout desquels les enfants devenus adultes décident d’enterrer l’urne funéraire de leur mère et d’entamer enfin leurs deuils, entraînant dans leur sillage toute la parenté.

Cocasse ou ténu, le fil de l’amour traverse tous les personnages et transperce leurs carcans protecteurs pour nous montrer des situations grotesques de sincérité et prenantes du poids de leurs charges affectives.

La mise en scène de l’auteure fait le choix de la simplicité et de la pudeur. Pas de soulignement par des effets inutiles mais une construction scénique et une direction de jeu sans concession, au service du récit et de ses émotions. Le chagrin présent sait se faire drôle pour cacher son déni mais ne se prive pas de passer la rampe pour devenir proche. La musique joue en direct les douleurs de l’agonie d’Anna, les rappels non-dits de son souvenir, créant une ambiance chaleureuse et colorée.

Les comédiens interprètent avec harmonie et précision ce texte ravageur et caustique, ces situations poignantes de vérité et ces postures gênées que le rire sauve d’une compassion ridicule. Ils nous emportent dans le récit avec une adresse pêchue et efficace. Une belle distribution pour une belle histoire.

Un spectacle drôle et bien ficelé. À voir pour rire et s'émouvoir du chagrin des autres mais où le souvenir des nôtres se cache sans déni. Un beau temps de théâtre.

 

De et mise en scène d’Isabelle Jeanbrau. Musique composée et interprétée à la guitare par Daniel Jea. Batterie : France Cartigny (ce soir-là) ou Bertrand Noël ou Maxime Aubry. Avec Benjamin Egner, Karine Huguenin ou Sandra Parra (ce soir-là), Matthias Guallarano, Cécile Magnet et Thibaut Wacksmann.

Du mardi au samedi à 21h00 et le dimanche à 19h00 – 53 rue Notre Dame Des Champs, Paris 6ème – 01.45.44.57.34 – www.lucernaire.fr

- Photo @ Yann Gouhier -

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