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Cette pièce est d'une originalité authentique et cruelle. De saccageurs remue-méninges et de fébriles retournements de ciboulots sont éparpillés parmi des plaisirs de drôlerie et nous exposent aux rires souvent les plus fous, comme on les aime.

 

Combien de fois, pendant le spectacle, n’ai-je rêvé d’étrangler ma voisine de gauche et abattre de coups de poings sur la tête, celle de devant, tellement leurs fous-rires m’encombraient et empêchaient les miens d’assouvir leurs plaisirs ? Bon, la panique et l’urgence de ne rien perdre de ce qui se passait nous a bien contraints à entremêler nos réjouissances zygomanesques sans toutefois sombrer dans une folie orgiaque que je sens poindre dans vos yeux bavant de lubricité inconvenante et déplacée.

 

Cette pièce est folle, quand bien même son intelligence perfide nous saisit. Ces comédiens sont fous, quand bien même leurs jeux relèvent de l’excellence. Dans quel état croyez-vous que nous sommes sortis ?

 

Alejandro Jodorowsky écrit cette pièce en 2001, dans la lignée des travaux du mouvement Panique, initié en 1962 avec Roland Topor et Fernando Arrabal notamment. Il tord le cou et les cris de la bienveillante recherche de bon sens à ce que le monde a de plus absurde, c’est-à-dire lui-même, ses conventions, ses stéréotypes, ses devoirs de paraître comme il faut et non pas tel qu’on est ou désire. Une forme actionniste et radicale dont la pureté nihiliste n’est pas sans rappeler le dadaïsme et le surréalisme.

 

La pièce est composée d’une vingtaine de tableaux, annoncés à chaque fois par une Diane chasseresse, malheureusement tout habillée mais belle encore ainsi, un rien autoritaire et un bon peu pince-sans-rire.

 

Le texte de Jodorowsky rit de tout ce qui fait la vie, ses joies comme ses douleurs, jusqu’à nous faire douter que c’est vraiment drôle. Heureusement, le burlesque guette, des fois que le sérieux viendrait pointer le bout de son nez et gâcher la fête. La pièce pousse l’absurde dans ses extrêmes pour nous surprendre de l’étendue de nos craintes et de nos doutes, de nos désirs et de nos fantasmes, cherchant à les dissoudre dans le rire pour que le plaisir règne et vainc.

 

Comme chez les clowns, les personnages ont peur de leurs propres mots, meurent ou ressuscitent d’une gifle ou d’un pied de nez à la véracité et nous touchent à chaque fois.

 

La saveur du grotesque devient poésie, grâce à l’adroite et efficace mise en scène d’Ida Vincent (dont le deuxième prénom est peut-être Diane ? On enquête). L’ensemble est rythmé comme une partition musicale, avec une auguste précision et un calage délicat qui donnent aux effets la surprise d'inattendus joyeux ou cyniques et le régal des joutes drôlesses.

 

Les comédiens Aline Barré, Tullio Cipriano, Cécile Feuillet et Johann Proust chantent, bruitent et jouent sur tous les registres (et ils sont nombreux) de cette satirique revue de détails de la gente humaine, avec légèreté, émotion et un enthousiasme fougueux. Du très beau travail.

 

Petite perle de drôlerie extravagante et intelligente, admirablement jouée. Incontournable spectacle !

 

 

D’Alejandro Jodorowsky. Mise en scène et interprétation : Ida Vincent. Avec Aline Barré, Tullio Cipriano, Cécile Feuillet et Johann Proust.

 

Dernière le vendredi 14 avril à 21h00 – 80 allée Darius Milhaud, Paris 19ème  - 01.42.01.92.26 – www.theatredariusmilhaud.fr

 

Puis Avignon et tournées de la compagnie l’ours à plumes :

www.facebook.com/loursaplumes15/

 

 

 

- Photo © Florian Pondevie -

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