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- Photo © Christophe Raynaud de Lage, collection Comédie-Française -

 

Ce spectacle est fascinant par son texte saccageur et son esthétisme saillant au moderniste affirmé. Il est servi par une troupe éblouissante de spontanéité et de vélocité. La Comédie-Française nous convie, une nouvelle fois, à une majestueuse réunion de talents.

 

Bertolt Brecht écrit en 1941 cette parabole ironique et efficace sur la montée du nazisme et l’ascension d’Hitler, dans la veine du théâtre politique qu’il marquera par sa contribution insolente et intransigeante.

 

Les étapes de cette ascension scandent la pièce sans jamais les exposer de manière didactique. Le spectacle d’abord où le récit farcesque prévaut. La brutalité de la violence telle qu'elle est montrée, à la fois simple et définitive, renforce cette sensation tragique et finalement burlesque d'une épopée cynique et cruelle. Un peu comme si nous observions des enfants jouer à la guerre...  Sauf que ce n'est pas un jeu.

 

L’histoire est située ailleurs, dans une Amérique des gangs. Cette transposition permet de renforcer les messages dénonciateurs et implicites de Brecht en les filtrant par l’imaginaire nécessairement mobilisé pour faire les liens, comprendre et réfléchir à l’énormité de cette réalité ainsi distancée.

 

Sans faillir sur la véracité de la comparaison entre ces deux grand-guignolesques personnages, Arturo Ui et Hitler, l’amalgame entre hommes politiques et criminels prêtent à l’allusion, le ridicule de son apparence. Le rire des situations prend la place de la justification des actes sans jamais voler à la réalité historique. Le spectateur doit y réfléchir par lui-même. Cette ruse fait mouche, nous sommes touchés par cette cruauté immonde.

 

La distanciation voulue par Brecht, avec cette figure de style satirique qui lui appartient, se trouve admirablement mise en vie par la mise en scène de Katharina Thalbach. Les effets scéniques à la plastique soignée ; les exagérations de postures ; le clownesque des maquillages ; le décor machiavélique d’une toile d’araignée géante ; le jeu rapide, perfide et efficace des comédiens… Tout relève de la volonté manifeste de montrer sans démontrer pour piquer au vif le spectateur et le pousser plus loin encore dans son esprit-critique.

 

La fascination qui pousse au désir de devenir cette sorte de gourou, illustrée dans la pièce, n’est pas sans rapport avec la sublimation de l’image paternelle, de l’autorité protectrice et de la peur d’une masculinité insuffisamment virile. Les envolées hystériques d’Arturo Ui et le toucher répété de son sexe, comme pour en vérifier la présence et se rassurer sur son identité, ne sont sans doute pas sans valeurs significatives.

 

Si la protection a besoin de puissance, pourquoi le pouvoir aurait-il besoin de soumettre à la terreur ceux sur qui il s’exerce ? Ses abus comme  la corruption, la violence ou le crime, seraient donc les voies nécessaires de l’accession au pouvoir suprême. Mais comment les dénoncer, les combattre et les bannir ?

 

Comment lutter contre ce danger latent, sournois et destructeur que représente cette recherche de domination, au nom de la force, des uns sur les autres ? Danger qui plane ou rampe aujourd'hui encore.

 

Le texte édifiant et la mise en scène à l’esthétique soignée, comme la magie du jeu de toute la troupe donnent une profondeur spectaculaire et chargée de sens à chaque moment, chaque réplique, chaque mouvement, chaque regard. Du très bel art. Du très grand théâtre.

 

 

 

De Bertolt Brecht. Mise en scène de Katharina Thalbach, assistée de Ruth Orthmann. Traduction d’Hélène Mauler et René Zanhd. Scénographie et costumes d’Ézio Toffolutti. Travail chorégraphique de Glysleïn Lefever. Lumières de François Thouret. Son de Jean-Luc Ristord. Arrangements musicaux de Vincent Delerme. Collaboration artistique de Léonidas Strapatsakis.

Avec la Troupe de la Comédie-Française : Thierry Hancissse, Éric Génovèse, Bruno Raffaelli, Florence Viala, Jérôme Pouly, Laurent Stocker, Michel Vuillermoz, Serge Bagdassarian, Bakary Sangaré, Nicolas Lormeau, Jérémy Lopez, Nâzim Boudjenah, Elliot Jenicot et Julien Frisson.

Et les comédiens de l’académie de la Comédie-Française : Tristan Cottin, Pierre Ostaya Magnin, Marina Cappe, Ji Su Jeong, Amaranta Kun, Axel Mandron.

Calendrier des représentations sur le site www.comedie-francaise.fr – Place Colette, Paris 1er – 01.44.58.15.15 -

- Photo © Christophe Raynaud de Lage, collection Comédie-Française -

- Photo © Christophe Raynaud de Lage, collection Comédie-Française -

- Photo © Christophe Raynaud de Lage, collection Comédie-Française -

- Photo © Christophe Raynaud de Lage, collection Comédie-Française -

- Photo © Christophe Raynaud de Lage, collection Comédie-Française -

- Photo © Christophe Raynaud de Lage, collection Comédie-Française -

- Photo © Christophe Raynaud de Lage, collection Comédie-Française -

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- Photo © Christophe Raynaud de Lage, collection Comédie-Française -

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