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Drôle, aigre et grinçante, cette comédie qui sait se montrer sombre et inquiétante comme une farce sans arlequinades, nous amuse autant qu’elle nous subjugue.

 

La banalité dérisoire du quotidien d’une famille vieillissante, pour ne pas dire vieille, se trouve perturbée par la syncope de Bon maman. Et là, tout à trac, ça ripe, ça ricoche, ça tourneboule, ça bringuebale, ça gigote, ça remue !

 

La maisonnée est victime d’une implosion majeure de niveau 5 suite à un dérapage d’habitudes.

 

Madeleine et Lucien, quinquagénaires vieille France entourés de Bon maman et Papa, nonagénaires usés mais vaillants semblent vivre sans s’en apercevoir, dans la sérénité de leur routine que rien ne vient bousculer jusqu’à cette syncope.

 

« À quelque chose, malheur est bon » ! Ils se liguent tous pour sauver Mémé, enfin Bon maman. Ils s’invectivent pour s’activer, s’houspillent, en profitent pour se reprocher les incidents récurrents, les mauvais gestes… comme s’ils s’intéressaient soudain à leurs vies.

 

Mais une syncope, c’est une syncope, on ne rit pas avec la santé de Bon maman, on agit ! Des claques ? rien n’y fait et puis on ne frappe pas l’aïeule quand même ! Du vinaigre ? il n’y en a plus. Quoi alors ? « À l’impossible, nul n’est tenu », « aux grands maux, les grands remèdes », ils appellent le médecin ! Bon maman s’est réveillée entre temps mais qu’importe « un tiens vaut mieux que deux tu l’auras ». La médecine arrive !

 

Ce ne sera pas un mais deux médecins qui se relayeront. Leurs noms ? Voyons voyons : Knock, Macroton, Purgon, Diafoirus ? Non ! Blondeau père et fils. Inutile de dire qu’ « au bout du fossé la culbute », la parenté, Bon maman la première, se souviendra longtemps de ces visites !...

 

La pièce de Louis Calaferte, écrivain prolixe du vingtième siècle, est écrite avec la bienveillance crue et parfois cruelle d’un subtil et implacable observateur des méandres de la famille. Ajoutant ici, une savoureuse diatribe sur les croyances, les doutes et les espérances populaires concernant les faits de médecine, il nous concocte une texte rieur et acerbe, cynique et grinçant, nous laissant entre deux chaises, entre rire franc et rire jaune.

 

La mise en scène de Patick Pelloquet met l’accent sur l'ingrat quotidien de cette famille, choisissant un décor kitch et tristounet. La partition scénique, écrite avec précision, permet aux comédiens de nous offrir des effets de jeux parmi les répliques pince sans rire ou franchement drôles et les postures abracadabrantes. Le tout calé au cordeau.

 

Nous sommes pris dans une mélancolie comique et finalement tragique de ce quatuor familial décadent. Nos rires sont salvateurs mais aussi réactifs. Les élucubrations de tous les personnages, notamment les contorsions grotesques et hilarantes de Bon maman (superbe Yvette Poirier), sont particulièrement réussies.

 

Les comédiens jouent la comédie de cette vie ordinaire, un jour pas ordinaire et de ses troubles médicaux avec un enthousiasme et une percussion efficaces.

 

Un spectacle étonnant, inattendu et drôle. Une découverte heureuse du théâtre de Louis Calaferte. À savourer sans hésitation.

 

 

 

 

De Louis Calaferte. Mise en scène : Patrick Pelloquet, assisté d’Hélène Gay. Scénographie : Sandrine Pelloquet. Costumes : Anne‑Claire Ricordeau. Lumière : Emmanuel Drouot. Maquillage : Carole Anquetil.

Avec : Gérard Darman, Pierre Gondard, Patrick Pelloquet, Christine Peyssens, Yvette Poirier et Georges Richardeau.

Les mardis, vendredis et samedis à 20h30, mercredis et jeudis à 19h00 et matinée les samedis à 16h00 – 20 avenue Marc-Sangnier, Paris 14ème – 01.45.43.25.48 – www.theatre14.fr

- Photo © Laurencine Lot -

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