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Querelle devenue légendaire, l’opposition entre Voltaire et Rousseau est ici jouée avec un humour cultivé et un goût de la comédie qui parsème de sourires et de rires les diatribes toutes en rebondissement. Le texte riche et truculent donne aux comédiens l’occasion de jouer avec talent une partition délicate et savoureuse.

 

Les deux illustres protagonistes partagent fondamentalement les mêmes quêtes philosophiques sur le droit au bonheur, la liberté et le progrès. Leurs histoires de vie et leurs milieux d’appartenance, leurs rencontres et leurs aisances financières, leurs raisonnements et leurs choix, les font cheminer sur des pistes où ils ne se retrouvent pas.

 

De la confiance des débuts de leur correspondance, une méfiance s’installe progressivement à partir de 1760 jusqu’à rompre leurs liens pour se perdre définitivement dans des échanges houleux et cruels. Les sujets de contradiction sont nombreux et amplement décrits dans leurs ouvrages : L’homme et la société, la croyance et la probité, la connaissance et la culture, le plaisir et la nécessité.

 

Le bonheur de la jouissance de la vie bourgeoise chez Voltaire ne manque pas d’irriter l’ascétisme de la vie recluse de Rousseau qui devient peu à peu victime de ses propres convictions piégeuses, subissant de surcroit son corps malade et sa paranoïa vivace.

 

Le texte anonyme « le sentiment des citoyens » publié après 1762, dénonçant Rousseau pour l’abandon de ses cinq enfants à leur naissance, est le prétexte de cette rencontre imaginaire entre les deux grands hommes, située en 1765.

 

Écrite par Jean-François Prévand à partir d’un canevas de textes originaux, cette pièce nous captive, nous surprend et nous amuse. Rousseau, persuadé que Voltaire est l’auteur de ce libelle vient chez lui pour l’entretenir prudemment puis l’interroger perfidement, recherchant l’aveu. Voltaire réplique en reprenant leurs différends et entreprend avec Rousseau un dialogue digne d’une dispute philosophique.

 

La mise en scène de Jean-Luc Moreau et de Jean-François Prévand sert le texte avant tout, sans effets ajoutés. Nous sommes dans du théâtre d’acteurs. Et nous y sommes bien !

 

Jean-Paul Farré excelle dans un Voltaire au panache rusé, délicat et intransigeant. Jean-Jacques Moreau (ce soir-là) joue avec malice un Rousseau affaibli mais implacable et tenace dans sa quête de vérité tout comme dans la défense de ses positions.

 

Saurons-nous qui a écrit cette dénonciation ? Dans la chanson de Gavroche on ne sait qu’une chose : « s’il est tombé par terre, c’est la faute à Voltaire. Le nez dans le ruisseau, c’est la faute à Rousseau ».

 

Un joli moment de théâtre, intelligent et drôle, à savourer comme une gourmandise.

 

 

De Jean-François Prévand. Mise en scène Jean-Luc Moreau et Jean-François Prévan, assistés d’Anne Poirier-Busson. Décor de Charlie Mangel. Lumières de Jacques Rouveyrollis, assisté de Jessica Duclos.

 

Avec Jean-Paul Farré, Jean-Luc Moreau ou Jean-Jacques Moreau.

 

Du mardi au samedi à 19h00 – 75 boulevard du Montparnasse, Paris 6ème – 01.45.44.5.21 – www.theatredepoche-montparnasse.com

- Photo © Brigitte Enguerand -

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