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Un magnifique chant du cygne que ces dernières rencontres entre une mère et son fils, dans une maison médicalisée. L’émotion est à fleur de peau et le rire au bord des lèvres qui s’ouvrent souvent pour le laisser s’échapper, peut-être pour ne pas pleurer.

« Votre maman !... » Commence par dire le directeur de l’établissement en interpellant le fils, à cinq reprises. Pour se plaindre des faits ou des propos de la mère comme des adultes pourraient le faire dans un square de quartier où les enfants jouent, crient et chahutent. Les cinq tableaux vont nous permettre de découvrir progressivement, au travers de ses réactions, l’écoute attentive du fils pour sa mère, la défense de sa dignité, sa prise en charge comme une femme et non comme une enfant. S’opposant aux ridicules demandes de réprimande attendue par un directeur dépassé, débordé et sans doute incompétent, le fils ne fera que démontrer par son attitude ce que bienveillance et bientraitance veulent dire. Il ne montrera pas seulement son attachement à ces basiques valeurs humanistes mais aussi un amour et un respect profonds, une volonté d’accompagner la fin de vie avec affection, patience et attention.

Aussi quand le directeur lui dira : « Votre maman !... Elle est partie mais ne vous inquiétez pas nous la cherchons, les gendarmes aussi, ils ont des chiens », non !... Il ne veut pas, il ne peut pas. Les gendarmes, le bruit des bottes, le bruit des chiens, autant de souvenirs qui ressurgissent de la mémoire de son enfance. Le fils sait ça. Il a enfoui lui aussi, au plus profond, ce qui fait dans la conscience commune familiale toujours présente, cette plaie ouverte, cette peur sourde que seule la fuite semble pouvoir apaiser, l’instant de croire à la survie possible.

Bien sûr « la maman » n’était pas en état de lucidité. Bien sûr, elle ne pouvait pas savoir ce qu’elle risquait en partant seule à son âge, vers le parc puis le bois où elle a dû entendre les gendarmes, le bruit des bottes, le bruit des chiens. Bien sûr…

La dernière pièce de Jean-Claude Grumberg livre une nouvelle fois un récit où l’émotion, la dignité et la dérision se conjuguent et font bloc comme pour faire reculer le plus loin possible les attaques meurtrissantes ou mortifères de la pulsion de mort sordide, au calme latent, prête à bondir. Rires et larmes se cachent comme des fantômes dans les ombres des mots et des situations dont nous ne voyons que les résultats ressortis du texte et du jeu des comédiens. Dignité dans l’approche, finesse et simplicité dans les effets. L’art de Grumberg dans ses plus beaux éclats de lumière, de distanciation caustique et de regards ironiques et bienveillants sur l’humain quoi qui l’ait fait et quoi qu’on ne dise mais sans jamais oublier la mémoire collective.

La mise en scène de Charles Tordjman n’encombre pas le texte, elle le sert adroitement et suffisamment, laissant aux comédiens le soin de s’emparer tout à fait de cette histoire.

Entourés de Philippe Fretun, efficace dans le rôle de cet insupportable directeur psychorigide et Paul Rias, précis et compatissant en brigadier, Bruno Putzulu et Catherine Hiegel brillent dans leurs personnages et dans leurs relations. La scène finale est une démonstration éblouissante.

Bruno Putzulu incarne le fils avec une détermination intransigeante, une douceur infinie et une attention affectueuse superbes. Un comédien brillant.

Catherine Hiegel nous cueille. L’émotion passe sans qu’elle nous le montre, le sourire nous éclaire sans l’avoir vu venir. Tout est finesse et simplicité dans son jeu intense et sincère. Reine de théâtre, elle nous donne à nouveau une leçon.

Petit bijou théâtral à ne pas manquer.

 

De Jean-Claude Grumberg. Mise en scène de Charles Tordjman. Scénographie de Vincent Tordjman. Collaboration artistique de Pauline Masson. Lumières de Christian Pinaud. Images de Thomas Lanza. Costumes de Cidalia Da Costa. Musique de Vicnet.

Avec Philippe Fretun, Catherine Hiegel, Bruno Putzulu et Paul Rias.

Du mardi au samedi à 19h00 et le dimanche à 16h00 – 1 place Charles Dullin, Paris 18ème – 01.46.06.49.24 – www.theatre-atelier.com

- Photo © Ch.Vootz -

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