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Pouvions-nous imaginer qu’un débat entre deux hommes politiques puisse faire l’objet d’un spectacle aussi dense, drôle et captivant ? Sans mimétisme ni imitation, Jacques Weber et François Morel se saisissent des propos de cette joute désormais célèbre d’avril 1988 et incarnent les deux hommes d’état en jouant devant nous toute la mystique du propos politique, la fragilité de sa crédibilité et le comique de ses malices.

Il y a quand même de quoi s’inquiéter d’entendre aujourd’hui ces sujets de naguère revenant aussi crument interpeller l’actualité, la vanité des promesses et de leurs ambitions. La vie de la Cité passée au filtre du temps se révèlerait donc un perpétuel recommencement des interrogations sur le sens de l’histoire de l’humanité, entre finalité et hasard, entre décadence et progrès, entre aspiration au bonheur et recherche de puissance ?

Que cette joute est drôle. Même si nous la savons réelle, nous ne pouvons pas nous empêcher de rire des traits comme dans une pièce de Courteline. Nous sommes surpris de nous esclaffer des ruses plus flagrantes aujourd’hui qu’elles n’étaient perçues sans doute alors. Nous nous faisons prendre au piège du sérieux des messages, les recevant comme autant d’incantations grotesques tant le jeu des comédiens, par la transcendance des codes que le théâtre permet, les défont de leur noblesse d’apparat pour les rendre simplement accessibles et de fait, peu crédibles, peut-être risibles.

Que déclament-ils donc ces deux-là ? À qui s’adressent-ils en définitive ? Sommes-nous devant des discours pour l’histoire comme celui d’Aristote sur « la cause finale », les écrits d’Hegel sur « l’esprit absolu », ceux de Marx sur « le matérialisme historique » ou le discours de Martin Lutter King « I have a dream » lors de la marche sur Washington ?

Non bien sûr et pourtant, il y a bien là, dans les textes comme dans les postures, une visée historique dans une forme d'adresse à la grandeur de la nation. À l’instar de Clemenceau ou Jaurès au siècle dernier ou de Mélenchon aujourd’hui, il y aurait comme une tentative d’apparaitre tribun parmi les tribuns, au-delà des petites phases et des grandes envolées.

Nous ne sommes pas dans un Speaker’s Corner de Hyde Park ni dans une discussion de famille devant la cheminée du salon, nous sommes au Théâtre. Nous assistons à une pièce qui rejoue un débat télévisé mythique et nous nous interrogeons, avant le 2ème tour des présidentielles 2017, à l’acte politique à venir, à sa vanité ou à sa nécessité car derrière le rire il n’y avait pas les larmes… Il y avait et il y a toujours le sentiment d’appartenance à la Cité, la certitude de se sentir citoyen.

Un spectacle sous la forme d’une expérience théâtrale inédite et audacieuse. Admirablement joué par François Morel, Magali Rosenzweig et Jacques Weber, avec la finesse nécessaire et le talent de nous faire rire et réfléchir tout le long. Moment mémorable.

 

6 REPRÉSENTATIONS EXCEPTIONNELLES

Du mardi 2 au samedi 6 mai 2017 à 21h00 et en matinée dimanche 7 mai 2017 à 16h00 – 1 place Charles Dullin, Paris 18ème – 01.46.06.49.24 – www.theatre-atelier.com

 

À suivre au Théâtre de l’Atelier « À HAUTE VOIX » CYCLE DE LECTURES ET DE PRISES DE PAROLE AUTOUR DU POUVOIR ET DE LA CITOYENNETÉ – Programmation détaillée sur

http://www.theatre-atelier.com/a-haute-voix-lo2091.html

 

- Photo  © Pascal Victor -

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1988 LE DÉBAT MITTERRAND / CHIRAC au Théâtre de l’Atelier

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