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C'est un spectacle sur les noces rompues d’un marin et d’une rousse.

Une bizarrerie de sentiments dans un bazar de paroles arrachées et meurtries, contraintes de tout dire sur un « trop-vide d’amour » bousculé par un « trop-plein de passion ».

Ces épousailles flambant neuf sentent les fleurs et les gâteaux. La salle de bal décorée de ballons tristes est remplie de chagrin. Quand nous arrivons, en retard sans doute, la dépousée danse en pleurant dans les bras du jardinier.

Oui, ce bonheur semble bien compromis, malgré l’arbre planté en son honneur, les chansons de Dalida apprises par cœur ou les voix intérieures qu'on entend.

Malgré l’amour promis, le promis est parti.

Une rousse vaut-elle plus qu’une sirène ? Certes, le dépoux est marin et comme tous les marins, il s’expose au chant des sirènes. L’une d’elles le ravit.

Rien n’y fait. Ni les plaintes de l’amoureuse, ni les complaintes des invités, ni la valse-hésitation brève mais irrémédiable du marin, non, rien de rien, les époux ne s’épouseront pas. La sirène a réussi, le vent lui est favorable.

Sonia Nemirovsky signe un texte cinglant et définitif, hachuré par les sursauts des pulsions qui rebondissent d’un personnage à l’autre sans que les passes soient paires et gagnent. Ces impossibles épousailles nous sont dites avec des paroles de souffrances mêlées de mots d’amour, totalement folles par moments, limite incohérentes où l’incongru se glisse et nous permet d’en rire.

Car c’est cyniquement cocasse et tout à fait à part, un conte d’ailleurs qui n’est pas si loin, un rêve jouant au cauchemar, une histoire drôle qu’on raconte dans les mariages tristes qui n’existent pas au risque de se confondre avec des enterrements trop gais.

Un chaos absurde règne. Tout est somptueusement délirant !

La mise en scène de Bertrand Degrémont accompagne le flux et le reflux du texte, sans insistance. Adroit le bougre ! Il nous laisse nous enliser dans ce marais salé, laissant aux situations le temps de nous surprendre.

Les comédiens sont bluffants. Certes, leurs personnages le leur permet mais quand même, il y a de la polyphonie dans tout cela. Ils la restituent avec une superbe justesse dans les oppositions de sentiments ou les violences échangées.

Comme autant de clowns tristes, ils nous invitent dans ce voyage déjanté où ils flottent comme les oiseaux volent. Nous rions jaune et décalé dans ce bazar de dingueries où grelottent et bataillent l’amour, la mort, la déchirure, l'oubli, la passion et la vie.

Je dis bizarre, moi ? Oui je dis bizarre... étrangement et franchement drôle !

 

Texte de Sonia Nemirovsky. Mise en scène de Bertrand Degrémont, assisté par Claire Lellouche. Lumière de Bertrand Degrémont et Claire Lellouche. Scénographie de Claire Lellouche.

 

Avec Jean-Loïc François, Olivier Kuhn, Sonia Nemirovsky, Grégory Vouland et en alternance : Émilie Piponnier, Pauline Lacombe et Suzanne Marrot. La Voix D’Arnaud Gidoin.

 

Du mardi au samedi à 21h00 – 53 rue Notre Dame des Champs, Paris 6ème – 01.45.44.57.34 – www.lucernaire.fr

- Photo © Bertrand Degrémont -

- Photo © Bertrand Degrémont -

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