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L’histoire de Charlotte et Jeanne raconte la simple et intense relation d’une mère et sa fille, proches, tellement proches. Entre discrétion des sentiments et élégance du respect, le velours qui enveloppe leur affection réciproque, à fleur d’émotions, touche au cœur. Hors des chemins larmoyants d’un pathos indécent, Jeanne parle, elle raconte et se souvient.

 

Des tableaux feutrés et colorés, baignés de joie et de tristesse, illustrent le récit, sans chronologie absolue. Des instants de vie qui s’enchainent comme des pétales qui s’envolent… beaucoup, à la folie, passionnément… Les propos de Jeanne semblent jouer du fil du temps au gré des souvenirs qui ressurgissent, souvenirs différents d’un passé commun.

 

Comme dans des rêves éveillés ou des pensées lascives, nous les voyons toutes les deux dans des bribes de leur existence. Elles revivent les petits plaisirs du quotidien comme les souffrances de moments échappés des malentendus et des non-dits. Elles disent les mots qui cachent les blessures et crient sourdement leurs peurs de l’abandon, du remords et de la fin inéluctable de la relation.

 

Jeanne et Charlotte, Charlotte et Jeanne. Qui est qui dans ce jeu complexe du temps qui bouscule les places de l’une et de l’autre, les confrontent aux rôles inversés, aux scènes de vie qui se répètent ? Jeanne, l’enfant de sa mère-femme qui devient la mère de sa mère-enfant. Charlotte, la femme libre et la mère attentive qui devient la femme vieillissante et la mère qui attend.

 

Toutes deux attentionnées l’une pour l’autre. toutes deux qui ne semblent pas se souvenir des mêmes choses. Toutes deux qui se retiennent l’une à l’autre par de si tendres liens.

 

La pièce de Loleh Bellon, écrite en 1984, tisse cette histoire dans une théâtralité adroite et soutenue, mettant en œuvre une délicatesse infinie et un charme fou. La réminiscence permanente du passé ne couvre pas d’inutile vibrato les situations sensibles et les textes ciselés.

 

La mise en scène de Laurence Renn Penel apporte douceur et précision à la direction de jeux en donnant une discrète simplicité et une chaleur intense aux personnages et aux situations. Une impression de continuité dans ce désordre temporel créés par une mise en espace en forme de huis-clos où les déplacements et les sorties sont à vue, dans un décor voilé comme les souvenirs de Jeanne. Très adroit et esthétiquement réussi.

 

Les comédiennes brillent de leurs talents. Elles sont Charlotte et Jeanne. Elles servent magnifiquement cette partition avec une belle empathie pour leurs personnages, les rendant proches de nous comme des amies. Comédiennes éblouissantes, elles nous captivent et nous bluffent tout le long de la quarantaine d’années auxquelles nous assistons sans jamais nous en apercevoir. Du très bel ouvrage.

 

Christiane Cohendy incarne une Charlotte adorable et nous fait aimer son parcours de femme comme celui de mère. Clothilde Mollet incarne Jeanne qu’elle nous permet de découvrir peu à peu et d'apprécier la femme qu’est devenue l'enfant. Elle nous fait ressentir la compassion, la compréhension et l’affection de son personnage.

 

Un petit bijou théâtral que ce spectacle. Une pièce attachante dans un écrin délicat et charmant, jouée par deux comédiennes éblouissantes. Je recommande vivement.

 

 

De Loleh Bellon. Mise en scène de Laurence Renn Penel assistée par Élise Lebargy. Scénographie et Lumières Thierry Grand. Costumes Cidalia Da Costa. Régie Philippe Morancé. Musique Frédéric Gastard.

Avec Christiane COHENDY et Clotilde MOLLET.

 

 

Festival Off d’Avignon 2017

Du 7 au 30 juillet à 21h30 (relâches les 18 et 25 juillet) – Théâtre Le Petit Louvre - Chapelle des Templiers, 3 rue Félix Gras, Avignon - 04.32.76.02.79 - www.theatre-petit-louvre.fr

 

- Photo © Franck Hascouet  -

- Photo © Franck Hascouet -

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