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Alors comme ça en 2050 nous serions tous les « fashion victim » de la médicalisation du quotidien ? Les « fashionistas » du médoc journalier ? Les accros sereins et rompus de la prise permanente de produits chimiques qui font rire ou calment, ou encore créent les conditions d’une parlotte aussi impromptue que dénudante ?

Comment ça j’exagère !... Ce n’est pas moi qui le dit, c’est Rémi De Vos. Je vous le jure, j’ai tout vu ! C’était dans sa pièce hier soir, j’y étais !

Après un mois de congés, Monique et Mélanie retrouvent leur vestiaire commun de la maison thermale. Elles chicanent comme d'habitude Justin le barmaid un peu benêt au demeurant, complètement shooté en vérité. Jusqu’à le « remonter » chimiquement et là c’est un drame que je renonce à décrire tant il est terrible et qu’une lecture entraînée ne pourrait adoucir.

Mais avant que les choses n’empirent tout à fait, Monique et Mélanie discutent comme chaque matin, autour d’un castor et d’une casquette qu’elles sirotent à cœur ouvert. Elles échangent des conseils et commentent les aléas des effets de ce qu’elles ingurgitent pour être toujours plus jeunes et belles, pour faire reculer le temps des épreuves, celui du bonheur perpétuel qu’elles semblent chercher encore et en chœur.

Elles nous font rire pour ne pas hurler de ce qui pourrait advenir si la pente dangereuse de la confiance en la science faisait monter l’espoir illusoire de vivre vieux à n’importe quel prix, même celui-là. Le rire est là. Il fuse follement. Il n’est ni gras ni jaune ni facile, il est salvateur comme une sorte de défouloir bienvenu.

La pièce de Rémi De Vos est écrite en 2005 puis enrichie en 2017. Le langage habille les personnages de répliques caustiques et vivaces tellement proches que nous pourrions nous y confondre. Le propos provoque la pensée qui se cache derrière les rires nombreux, trouvant la drôlerie dans les situations et le texte qui abattent les fantasmes, les coupent menu et les présentent comme une réalité dont on ne veut surtout pas rêver.

La mise en scène et la scénographie d’Olivier Oudiou nous confrontent à une exposition glaciale et féroce de la pièce et ne prend pas de gants de velours pour nous raconter cette histoire. Ça grince, ça crisse et c’est heureusement hilarant du début à la fin.

Le brio des comédien-ne-s nous cueille dès la première scène et ne nous lâche pas. Ah ils savent y faire les bougres ! C’est terrible de devoir rire autant pour s’échapper aux fantasques et cruelles conditions de vie de ces personnages qui deviennent au fur et à mesure attachants. Bruno Boulzaguet, Yveline Hamon et Maryse Poulhe s’y prennent à merveille pour nous faire vivre ces moments où le fantastique se mêle à l’horreur ridicule d’une réalité imaginaire mais construite d’un peu de nous-même et de présent.

Une pièce diaboliquement bienfaisante, une mise en scène percutante et adroite, des comédiens impressionnants et drôles pour un spectacle surprenant et réussi.

À voir sans hésiter.

 

De Rémi De Vos. Mise en scène et dispositif scénique d’Olivier Oudiou. Musique de Bertrand Maillot. Lumière et Régie Générale de Thomas Cottereau. Costumes de Sylvette Dequest. Maquillages et Coiffures de
Catherine Nicolas.

Avec Émeline Bayart (La Voix), Bruno Boulzaguet, Yveline Hamon et Maryse Poulhe.

Les lundis, mercredis et vendredis à 20h30. Les mardis, jeudis et samedis à 19h00 – 10 place Charles Dullin, Paris 18ème – 01.46.06.11.90 – www.theatre-latalante.com

 

- Photo © Alain Richard -

- Photo © Alain Richard -

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