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Marie Ndiaye propose ici une pièce dont l’argument est original, iconoclaste et à la fois terriblement proche de nous par ses interrogations sur le pouvoir et la reconnaissance sociale, le charisme et la séduction, le don et le renoncement de soi.

L’écriture théâtrale que développe cette auteure adroite, au langage plus écrit que parlé et dont le caractère littéraire apparait appuyé, nous conduit à nous demander quels sont, derrière les nombreux filtres obscurs ouvrant la voie à de multiples possibles, les messages portés par le texte.

Il ne peut pas s’agir d’une simple campagne électorale qui révèle les sentiments passionnels, aux contours de la dévotion, des adhérents comme des opposants au programme de la future maire élue. Nous assistons toutefois avec délice à ces sempiternelles discussions de coulisse, conventionnelles et savoureuses de ridicule, rappelant celles des combats renouvelés toujours et encore entre candidats aux élections.

Marie Ndiaye décrit avec une malice et un décalage permanents, une histoire qui nous apparait auréolée d’une mystique improbable et d’une amusante invraisemblance. À quoi donc rime tout cela ? À bien y regarder, la pièce revêt quelque peu les attributs esthétiques d’une « pastorale » moderne à la théâtralité crue et crédible.

La campagne électorale y serait alors une sorte d’évangélisation ? Son parcours parsemé d’embuches (insultes, coups bas, trahisons) surmonté sans mot dire par « Notre Élue » (quelle formule coïncidente !) lors de la campagne qui la conduira à l’échec, un chemin de croix ? Echec qu’elle vivra par ailleurs avec abnégation et culpabilité, disant que tout est de sa faute…

Ah ça mais ! « Passion » et « Résurrection » ne se trouveraient-elles pas illustrées ici ?

Métaphore métaphysique voulue ou pas, conte philosophique cruel ou tragi-comédie fantastique, les personnages et leurs relations nous paraissent plus captivants que les situations développées et nous surprennent à chercher ce qui les animent, pourquoi sont-ils ainsi, pourquoi disent-ils cela. Les personnages de l'opposant et de notre élue sont particulièrement troublants.

La mise en scène de Frédéric Bélier-Garcia offre une structure théâtrale riche et variée : Jeux de lumières et de décors, vidéos en direct se fondant dans une mise en abyme des situations, mélange de sons directs et sonorisés.

Le tout, d’une richesse extrême et précise, est mis au service d’une interprétation toujours juste, entrainée par les compositions étonnantes de Patrick Chesnais et d’Isabelle Carré. Du très bel ouvrage.

Un spectacle étonnant par son originalité, dont l’intérêt s’effrite en allant. Admirablement mis en scène et bien joué.

 

De Marie NDiaye. Mise en scène : Frédéric Bélier-Garcia. Collaboration artistique : Caroline Gonce. Scénographie : Chantal Thomas. Lumière : Roberto Venturi. Son et création musicale : Sébastien Trouvé. Vidéo : Pierre Nouvel. Costumes : Pauline Kieffer, assistée de Camille Pénager. Maquillage et coiffure : Catherine Nicolas. Avec les voix de : Sarah-Jane Sauvegrain, Sébastien Eveno, David Migeot. Avec les images du chœur des jeunes du conservatoire à rayonnement régional d’Angers, dirigé par Christine Morel. avec : Isabelle Carré, Patrick Chesnais, Jean-Charles Clichet, Claire Cochez, Romain Cottard, Jan Hammenecker, Jean-Paul Muel, Chantal Neuwirth, Agnès Pontier, Christelle Tual et deux enfants.

Du mardi au samedi à 21h00 et le dimanche à 15h00 – 2 bis avenue Franklin D. Roosevelt, Paris 8ème – 01.4495.98.21 – www.theatredurondpoint.fr

- Photo © Pascal Victor -

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