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À nouveau, Bérengère Dautun choisit d’incarner une femme qui toute sa vie a mené combat. Combat pour survivre au manque d’amour et aux cruautés de l’éducation pratiquée dans son enfance. Combat pour vivre dignement et librement, malgré les aléas d’un mariage sans amour durable et une santé qui la lâche suite au décès d’un de ses enfants, lui faisant parcourir un long et douloureux tunnel de 13 années. Puis enfin sortir vainqueure de ce dernier combat et éblouir de son succès l’apothéose de ses efforts.

Bérengère Dautun et Sophie Rostopchine ne font qu’une et même Comtesse de Ségur. Nous passons une fin d’après-midi charmante et instructive chez Madame la Comtesse pour l’écouter nous raconter ce que fut sa vie, dans ce même salon où elle reçoit ses amis. Le récit est captivant et émouvant, doux et coloré. Narration et jeu s’entremêlent avec l’excellence du talent.

Les saveurs du thé semblent se mêler aux odeurs des livres qui jonchent le canapé. La Comtesse se lève parfois, irritée. Elle incline la tête souvent, attendrie. Elle décrit tout avec précision et intransigeance, ne se désemparant pas, souriante, de sa furieuse envie de bonheur et ne laissant rien de côté des six séquences qui scandent sa vie. Séquences qui nous permettent de mieux la connaitre et de comprendre d’où viennent les sources de son incroyable inspiration et de sa merveilleuse propension à écrire pour les enfants.

Enfance sans amour maternel, parsemé de maltraitances au vernis éducatif… Courts moments d’une jeunesse heureuse… Mariage d’amour devenu raisonnable, sans émotions profondes, avec un Comte qui ne sera pas toutefois le total goujat que l’on pouvait rencontrer parmi ses contemporains… Huit enfants qu’elle s’attache à aimer autant qu’elle ne l’a pas été… La souffrance incommensurable du décès de l’un d'eux, qui déclenche une dépression qui lui fait marcher pendant 13 années dans un tunnel morbide dont elle se sortira… L’avènement de l’écrivaine qui à plus de cinquante ans, commence à écrire les histoires et les contes qu’elles racontent à ses petits-enfants et qui rencontre l'énorme succès et la notoriété qui ne tarissent pas encore jusqu’aujourd’hui.

L’œuvre comme la vie de la Comtesse de Ségur nous touchent autant pour ce qu’elle témoigne de la condition féminine et de l’éducation des enfants de la bourgeoisie provinciale en cette deuxième moitié de 19ème siècle que pour sa valeur autobiographique et la nouveauté que représentaient alors des premiers écrits sur la pédagogie du quotidien sans velléité didactique. Bien sûr, la dimension cathartique des histoires de Sophie et ses malheurs, tout comme la vraisemblance des autres personnages avec l’entourage de Sophie Rostopchine, Comtesse de Ségur, n’est pas sans donner à l’acte d’écriture une apparence de résilience de son parcours et de dévotion à l’enfance. Son adage le dit bien : « N’écris que ce que tu as vu ».

Joëlle Fossier compose ce monologue théâtral avec la volonté réussie de témoigner du parcours exceptionnel de cette femme de lettres qui avec Jules Verne compte parmi les auteurs de la littérature jeunesse les plus célèbres et les plus lus. Le texte précis et délicat, orné de colères et de tendresses, offre à Bérengère Dautun une partition magnifique.

La mise en scène de Pascal Vitiello accompagne le mouvement des mots et des situations traversées, les mariant aux images projetées et aux lumières, avec une habile et simple efficacité.

Le talent de la comédienne se conjugue avec bonheur au parcours surprenant de cette auteure célèbre, qu’elle fait sien tout à fait. Nous sortons surpris de ce que nous avons découvert et ravis de ce que nous savons vu. Un spectacle que je recommande vivement. À voir sans hésitation.

 

De Joëlle Fossier. Mise en scène de Pascal Vitiello. Photographies de Bruno Baccheschi. Son de Sylvain Denis. Lumières de Jérémy Izad.

Avec Bérengère Dautun.

 

Du mardi au samedi à 19h00 et le dimanche à 17h00 – 78 bis boulevard des Batignoles, Paris 17ème – 01.42.93.13.04 – www.studiohebertot.com

- Photo © Chantal Depagne  -

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